Retour des procès staliniens: n’oublions pas les prisonniers politiques ukrainiens en Russie !

Le 15 septembre, le jour de l’ouverture de l’assemblée générale de l’ONU où l’on s’attend à voir Barack Obama, le président russe Vladimir Poutine, le président ukrainien Petro Poroshenko et bien d’autres, ont également débuté deux procès retentissants autours de trois prisonniers politiques ukrainiens en Russie : Nadia Savchenko, Stanislav Klykh et Mykola Karpiuk.

On peut supposer que le choix de la date et des lieux des procès n’a sans doute pas été laissé au hasard car les accusations et la détention des principaux accusés sont depuis leur début teintées d’absurdités et de manipulations. Le Kremlin veut-il montrer au monde entier, représenté à l’ONU, que la Russie peut faire ce qu’elle veut avec les citoyens ukrainiens ? 

Pour citer l’avocat de Nadia Savchenko dont le procès a débuté à Donetsk (homonyme de la ville ukrainienne) dans la Région de Rostov : « Ce ne sera pas un procès. Ce sera un spectacle de propagande comme à l’accoutumée ».

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Nadia Savchenko

Cette journée a débuté par la prolongation de 6 mois de la détention de Nadia Savchenko, pilote ukrainienne, députée à la Rada et déléguée à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, enlevée sur le territoire ukrainien et détenue illégalement en Russie depuis mai 2014. Elle est accusée d’avoir assassiné 2 journalistes russes, alors qu’elle avait déjà été kidnappée au moment où ils ont été tués.

Son cas est cependant plus connu du grand public que celui de Stanislav Klykh et de Mykola Karpiuk, dont très peu de détails ont été rendus publiques jusqu’à maintenant.

Karpiouk

Mykola Karpiuk

Accusés d’avoir participé à la guerre en Tchétchénie, Klykh et Karpiuk se sont retrouvés sous le feu des projecteurs car selon leurs témoignages l’actuel premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk aurait lui aussi pris part aux combats contre les militaires russes en Tchétchénie.

Selon leurs proches, mais aussi d’après les éléments en possession du SBU (services de sécurité ukrainiens) ni Klykh, ni Karpuik, n’ont participé à la guerre en Tchétchénie.

Les deux protagonistes ont été jusqu’ici véritablement isolés du monde extérieur sans aucune possibilité de parler à leurs familles ou au consul ukrainien et aucun accès à un avocat autre que celui commis d’office.

Stanislav Klykh

Stanislav Klykh

Depuis mai 2015 Stanislav Klykh a finalement pu travailler avec son propre avocat dont l’obligation de secret vient d’expirer. C’est alors que deviennent publiques les détails de la pression qu’il subissait constamment depuis le début de la détention, afin de lui extorquer des aveux, mais également des témoignages contre un certain nombre de personnalités connues en Ukraine, dont Arseni Iatseniuk, Dmitro Iaroch et d’autres.

Dans une lettre transmise en juillet 2015 à son avocat Stanislav Klykh écrit :

«  Suite à mon arrestation le 08.08.2014 j’ai subi un traitement dont le but était de m’extorquer des témoignages. Des méthodes illégales d’investigation m’ont été appliquées : j’ai été notamment battu, électrocuté et mutilé y compris à l’aide des menottes, j’ai été agenouillé pendant des périodes très longues, suite à quoi j’ai de nombreuses cicatrices sur les poignets, les genoux et les chevilles.

On m’a introduit dans le sang de l’alcool et des psychotropes par intraveineuse. »

« Ces méthodes m’ont été appliquées afin de me forcer à avouer que j’aurais été en Tchétchénie dans les années 1994-2000 et que j’aurais participé aux combats du côté de Doudaev, ainsi qu’aux assassinats de militaires sur la place Minoutka à Grozny, et que j’aurais planifié des actes terroristes dans de différentes villes russes et serais venu en Russie avec ce but-là. »

Dès le début du travail de Klykh avec son propre avocat, il a retiré l’ensemble des aveux et des témoignages qui lui ont été ainsi extorqués.

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Lettre. Partie I

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Lettre. Partie II

Aujourd’hui tout semble indiquer que Karpuik a également subi un traitement similaire, car selon une expertise médicale qui se trouverait dans son dossier on aurait trouvé sur son corps 19 cicatrices dont la provenance n’est pas précisée.

La détention des deux accusés est basée sur le témoignage d’un réel participant à la guerre en Tchétchénie, Alexandre Malofeev, qui a vraisemblablement également été battu et torturé. Par ailleurs, c’est la seule personne qui dit les avoir reconnus, ce qui n’est pas le cas des autres participants et survivants des événements en question.

Depuis le début de l’intervention militaire russe en Crimée et dans l’est de l’Ukraine de nombreux Ukrainiens ont été arrêtés en Russie ou même kidnappés sur le territoire ukrainien. Il s’agit de personnes d’âges, parcours et opinions très différentes. Malgré tout cela ils ont certaines choses en commun: leurs procès sont clairement politiques et se basent principalement sur des témoignages obtenus sous torture. En parlant du procès de Sentsov et Koltchenko, Heather McGill, chercheuse d’Amnesty International a affirmé qu’il «  a été conçu pour envoyer un message. Servant la guerre de propagande de la Russie contre l’Ukraine il a été chargé de relents de l’époque stalinienne des simulacres de procès de dissidents ».  Il est clair que cette formule s’applique également au cas de Nadia Savtchenko, Stanislav Klykh et Mykola Karpiuk.

Diffusons l’information sur les prisonniers politiques ukrainiens le plus largement possible et exigeons que leur libération soit revendiquée explicitement par nos dirigeants pendant la session anniversaire de l’ONU !

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1 réponse

  1. Linux VPS dit :

    Nadejda Tolokonnikova, l’une des trois membres du groupe de punk rock russe Pussy Riot jug es pour une « pri re » anti-Poutine, a d nonc mercredi 8 ao t « un proc s de type stalinien », dans sa derni re d claration devant le tribunal Khamovnitcheski de Moscou.

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